PGE : déjà 85 milliards d'euros octroyés à près de 500.000 entreprises, dix fois plus qu'en Allemagne

Le Prêt garanti par l'État est "un immense succès du système bancaire français", a souligné le directeur général de Bpifrance interrogé sur BFMBusiness. En revanche, le patron de la banque publique d'investissement écarte catégoriquement la possibilité que ces prêts soient convertis en fonds propres. Cette option est "un pur rêve", selon lui. Le constat est sans appel. Malgré les obstacles rencontrés par certaines entreprises au début de sa commercialisation, le Prêt garanti par l'Etat (PGE) a été massivement distribué et accordé par les réseaux bancaires. Depuis le 25 mars dernier, près de 500.000 entreprises en ont bénéficié pour un total de 85 milliards d'euros, a rapporté ce lundi 8 juin le directeur général de Bpifrance Nicolas Dufourcq. "Je pense qu'on va être à 100 milliards d'euros de PGE. On est à 85 milliards ce matin" et "on va passer les 500.000 entreprises aujourd'hui", a déclaré Nicolas Dufourcq à l'antenne de BFM Business.

10 fois plus d'entreprises bénéficiaires qu'en Allemagne

Lancé fin mars, au début du confinement, pour répondre aux difficultés de trésorerie des entreprises dont l'activité était arrêtée ou ralentie, le dispositif de PGE peut théoriquement aller jusqu'à 300 milliards d'euros. Selon les différentes banques tricolores, son taux de refus est inférieur à 2%. Le patron de la banque publique d'investissement a rappelé que l'équivalent du PGE en Allemagne n'avait touché que 55.000 entreprises, donc près de dix fois moins qu'en France. Il a ainsi souligné "l'immense succès du système bancaire français." "Pour déployer 500.000 crédits en deux mois, il faut imaginer la dépense d'énergie dans les 17.000 agences de l'ensemble des réseaux mutualistes et bancaires français qui était nécessaire", a-t-il relevé.

La dette doit être remboursée

Nicolas Dufourcq a en revanche été catégorique sur l'impossibilité de convertir ces prêts en fonds propres dans le cas où les entreprises auraient des difficultés à les rembourser ou pour renforcer leur capital. "On ne peut pas convertir 100 milliards d'euros en equity" (capital), a-t-il affirmé. "On est dans un pur rêve, c'est romantique, cela n'existe pas. [...] Il faut tordre le coup à une idée qui me paraît pernicieuse qui est de convertir le PGE en quoi que ce soit. Un prêt c'est fait pour être remboursé" a-t-il insisté. "Il y aura évidemment de la sinistralité", a-t-il prévenu, tout en se montrant rassurant : "Historiquement, en 2008/2009, la sinistralité a été beaucoup plus faible que prévu. Donc le pire n'est jamais sûr".

Les PME en mal de fonds propres

Nicolas Dufourcq a toutefois reconnu qu'un certain nombre de PME continuaient à manquer de fonds propres. "Elles en manquaient avant [la crise du coronavirus, ndlr], elles en manquent encore plus après". Selon lui, c'est une problématique qui peut être traitée grâce à "un certain nombre d'outils" existants, comme des dispositifs de fonds propres purs, d'obligations convertibles ou encore de prêts très longs, à l'image de ceux mis en place pour le secteur du tourisme. "Ce sont des prêts de 12 ans avec trois ans de différé de remboursements. Ce sont des quasi fonds propres", a-t-il assuré. Ces outils existants ne seront toutefois peut-être pas suffisants. Ainsi, selon Les Echosles banques tricolores planchent actuellement sur la création d'un fonds d'au moins 10 milliards d'euros pour renforcer le capital de ces entreprises. Ce fonds pourrait être utilisé sous formes de prêts participatifs ou équivalents, à durée très longue et assimilés à des fonds propres, en vue de soutenir de 20.000 à 30.000 entreprises.